10 ans plus tard. J’en suis où ?

Lemon fizz

J’ai créé Canifelin en 2014. À l’époque je faisais déja un accompagnement avec bienveillance c’est vrai, mais je regardais le chien. Souvent juste le chien. Je me suis beaucoup formée aux techniques.

L’idée était simple : éduquer l’animal pour qu’il s’adapte à la vie avec les humains.

C’était logique. C’était même différent à l’époque, comparé à ce qu’on voyait. Et puis les années ont passé, et j’ai compris que ça pouvait aller plus loin.

Il y avait des cas où quelque chose ne bougeait pas vraiment dans la relation. Pourquoi ?

La réponse est venue au fur et à mesure et elle est venue de partout à la fois. Des formations que j’ai suivies, des rencontres avec d’autres éducateurs, et surtout des chiens eux-mêmes. Parce que les chiens ils te parlent si tu les écoutes vraiment. Un chien qui tire sur la laisse, c’est parfois une question de communication qui n’existe pas entre lui et l’humain. Un chien qui mord par peur, ce n’est pas un « problème », c’est un message.

J’ai réalisé que je ne pouvais pas accompagner vraiment un binôme en restant technicienne du comportement. Il me manquait des outils pour comprendre ce qui se jouait vraiment entre l’humain et son chien. Je n’avais pas les mots pour parler de ce qui était invisible mais tellement présent.

J’ai également dans mes formations ajouter un cursus de psychologue , c’était pas un changement radical, plutôt une suite logique. C’est pas pour « psychanalyser » les propriétaires, loin de là. C’est pour avoir les outils pour vraiment accompagner le binôme ensemble, l’humain et le chien, sans les séparer artificiellement comme si l’un existait sans l’autre.

Cette formation a formalisé ce qui était déjà en train de changer ma pratique. Avant je donnais des exercices d’éducation. Maintenant je regarde d’abord la relation.

Avant je résolvais un problème. Maintenant j’accompagne un processus. Ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas plus rapide, ce n’est pas plus facile, mais c’est plus juste.

Pour autant je nuance mes propos et ne rejette pas le conditionnement ou l’éducation, je ne suis pas tombée dans le piège de dire que c’est le mal absolu. Certains apprentissages sont nécessaires pour vivre ensemble. Mais j’ai compris que le conditionnement seul c’est un pansement. Et souvent le symptôme revient parce qu’on n’a pas touché au lien. De plus, chaque binôme c’est différent. Parfois le problème c’est vraiment chez le chien ( divers raisons à cela : un trauma, une génétique, une structure ou parfois juste une personnalité ). Parfois c’est l’humain qui ne peut pas faire autrement parce qu’il a ses propres limites, ses propres murs. Souvent c’est les deux entrelacés et on ne peut pas les séparer.

Je n’ai jamais cru à cette formule qui circule : « le problème n’est pas le chien ». C’est trop simple. C’est pas honnête. Il y a des cas où le problème c’est vraiment le chien. Et il y a des cas où c’est vraiment l’humain. Et il y a tous les cas entre les deux. Mon job c’est de regarder celui qui est devant moi.

Je ne regrette rien de ce que j’ai fait avant. J’accompagnais les binômes avec ce que j’avais à ce moment-là. Avec les outils que j’avais. Maintenant, avec la psychologie, avec l’observation, avec le temps qui passe, j’accompagne différemment. Moins de « trucs à faire ». Plus de « choses à comprendre ».

Et quand ça marche, ça marche pour de bon. Parce qu’on a touché au lien, pas juste au comportement. 

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